Hugo (ou Léna, ou…) rentre à la maison avec un poème à apprendre. L’intéressé(e) est plutôt réfractaire, ascendant « De toute façon, j’y arriverai pas ! ». Comment faire ?

Vous avez bien entendu ce « De toute façon, j’y arriverai pas !». Non pas que votre enfant soit, d’emblée, un opposant farouche à la poésie du monde. Non !
C’est qu’il ne sait tout simplement pas « comment gérer » cet exercice de mémorisation. Tenez ! Avant de vous en prendre à sa mauvaise volonté, une question personnelle : de quand date le dernier poème (ou autre) que vous avez appris, vous, par cœur ?

Allez… quelques pistes pour aider notre petit écolier :

  • D’abord, c’est un exercice de mémoire. Donc, on coupe la musique, le téléphone et la télé, on s’assoit bien confortablement. Pour les plus bloqués, on respire bien profondément 2 ou 3 fois pour lâcher les tensions.
    Ensuite : on observe le texte, sa construction, comme un alpiniste repère sa voie royale.
    Un poème, cela s’organise en strophes et en phrases (vers) qui riment. Autant de points d’ancrage pour mémoriser.
  • Combien de strophes, et dans chaque strophe, combien de vers ? Ca y est, il va être possible de découper pour mieux mémoriser. D’autant plus que bien des poèmes contiennent des répétitions de vers. Une fois repérées, c’est autant de lignes en moins à retenir. Photocopiez le poème et surlignez en fluo les répétitions.
  • Autre chose à dire à l’enfant : il faut lire plusieurs fois, à haute voix. Pourquoi ? Parce que :
    • Tes yeux enregistrent les mots comme une caméra,
    • Et que ta voix permet à ton cerveau d’enregistrer comme un dictaphone.
      Qu’il soit plutôt visuel ou auditif, l’enfant ainsi s’adapte.
  • Enfin, ne pas hésiter à lire une première fois le poème avec l’enfant, lui faire visualiser les images voulues par le poète : c’est plus facile d’apprendre quand on a l’image d’un petit cheval blanc qui avait du courage dans le mauvais temps. Par exemple, en imprimant l’image d’un petit poney blanc trouvée sur Google images… Ou alors, pour un auditif, lui dire de s’installer confortablement et de vous écouter lire « un – petit – cheval – dans le mauvais – temps »
    >>> Cela se passe-t-il au bord de la mer ? Dans la ville ? Sur la branche d’un arbre ? Qui sont les sujets ? Des gens, des animaux ? Autant d’ancrages pratiques pour la mémoire !
  • On peut aussi mimer la scène, ils adorent : la tempête, l’ogre ou le renard alléché… « Car cette leçon vaut bien un fromage, sans doute ?! »… Donnez de votre personne. Levez-vous ! Faites du théâtre !!!
  • Dernière piste : s’assurer que l’enfant a bien compris tous les mots : c’est très dur d’apprendre du charabia ! Ainsi, dans l’exemple ci-dessous (poème de Jacques Prévert), le mot « crêpe » n’est pas un dessert breton !

A l’enterrement d’une feuille morte
Deux escargots s’en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s’en vont dans le soir
Un très beau soir d’automne.

Et vous : arrêtez le Sudoku ! Essayez vous-même d’apprendre un poème demandé à vos enfants, à vos petits-enfants. C’est rouillé là-haut ? Il est temps de vous intéresser à votre mémoire !!! Et de reprendre mes conseils tout là haut !

Reste que c’est aussi un exercice oral !!!
Une fois le texte mémorisé et incorporé, reste à le restituer à un auditoire. Cela fait peur, évidemment ! Voici deux conseils importants :
1 – Combattre la tentation d’en finir au plus vite : c’est la récitation mitraillette. Le public / la classe / l’enseignant ne comprend rien, tellement le poème est récité sans relief… Au moindre faux pas, le/la récitant-e perd soi-même le fil.
2 – Donc, on respire, on y va lentement ! Bien articuler permet de détendre la mâchoire, de reprendre son souffle. Si l’on a bien suivi la méthode ci-dessus, et bien, l’on visualise les strophes et on voit les images qu’on a élaborées pour apprendre… Le poème défile tout seul…

Rappelons-nous cette magnifique remarque du philosophe Georges Steiner :
« Ce que vous avez appris par cœur change en vous et vous changez avec, pendant toute votre vie…
C’est une des grandes possibilités de la liberté, de la résistance ».

ENCORE UN PEU D’AIDE POUR MEMORISER ?

C’est par ici =>  Avec Raoul & Albertine : Comment apprendre une leçon ?
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Comments
  1. Luce dit :

    Ce qui confirme aussi qu’un enfant qui se trouve confronté à l’erreur voir l’échec va par ses détours et les adaptations, les remises en questions mettre en place des stratégies et des énergies qui lui rendront service plus tard / mieux se connaitre, ecoute et attentions aux souffrances ou difficultés des autres… Courage, tenacité….
    POSITIVONS les échecs ! sans pour autantles nier ni les contourner! savant dosage que seule l’expérience permet de manager!

    1. Anne Leguy dit :

      Merci Luce… reste la question de la cohérence des adultes (les parents mais aussi les enseignants) quand un pb surgit. Une mauvaise note, les parents ne savent pas toujours la gérer avec l’enfant ; pas du tout la gérer avec l’enseignant. L’enseignant n’a pas toujours le temps de l’expliquer à l’enfant, encore moins aux parents. La mauvaise note est finalement une bille de flipper très révélatrice… 🙂

  2. Anne Leguy dit :

    Ce qui confirme aussi qu’un enfant qui se trouve confronté à l’erreur voir l’échec va par ses détours et les adaptations, les remises en questions mettre en place des stratégies et des énergies qui lui rendront service plus tard / mieux se connaitre, ecoute et attentions aux souffrances ou difficultés des autres… Courage, tenacité….
    POSITIVONS les échecs ! sans pour autant les nier ni les contourner! savant dosage que seule l’expérience permet de manager!

  3. pruchon dit :

    Complètement d’accord avec vous, venant d’expérimenter cette attitude positive et constructive pour l’enfant avec ma fille il y a 2jours. j’étais un petit peu dans le doute de ce que j’avançais et je viens de lire votre texte sur la mauvaise note. cela confirme le bien fondé de ma position. merci beaucoup patricia

    1. Anne Leguy dit :

      Merci de ce commentaire. J’ai écrit ce texte « au fil du clavier », mais à la réflexion il est central : notre « attitude » a beaucoup d’importance en éducation car l’enfant se positionne relativement à nous (qui sommes sa référence première). Dans ce monde mouvant, brutal, peu solidaire, il est en effet fondamental de les préparer à « faire face » quand on a des problèmes. C’est moins simple à faire qu’à dire… Bonne continuation et, je l’espère, bonne lecture de mes articles…

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