Pourquoi une mauvaise note est une chance

Pourquoi une mauvaise note est une chance

Hector a rapporté un zéro (0/20)* de l’école et rase les murs, index vissés aux oreilles pour anticiper vos hurlements. « C’est quoi cette note ??? »… Hector a tout faux car vous allez la surprendre. Voire, l’épater ! Et en plus, vous allez grandir en tant que parent.

« Il faut que je te dise… »

C’est un signe, Hector tourne autour du pot et vous sentez bien qu’il a quelque chose à dire. Il éviterait sans doute d’évoquer ce sujet pénible s’il n’était pas couronné d’une torture finale : vous demander de signer le chef d’œuvre. Par un phénomène bien connu d’interaction, il s’attend à vous entendre monter sur vos grands chevaux. Il ne voit que deux statégies :

  • Fermer les écoutilles en attendant que l’orage passe ;
  • Pleurer d’angoisse ou de tristesse, en espérant percer le front orageux et attendrir votre cœur de parent, déjà si moelleux…

Dans tous les cas, à l’intuition, il sait que le temps fera le reste, punition ou pas punition à la clé. Vous criez, il se recroqueville : c’est interactif. Ce qui est certain, c’est que rien n’aura été réglé… Jusqu’à la prochaine copie colorée en rouge…

Changez de stratégie, vous allez l’étonner !

Et si on déstabilisait Mister Hector ? Car en tant qu’adulte, nous savons bien qu’une mauvaise note n’est pas la fin du monde (après tout, nous l’avons vécu, n’est-ce pas ? ;). Trouver la raison, l’origine, le pourquoi de la mauvaise note avec votre enfant va permettre deux expériences enrichissantes :

  • Lui éviter de s’enfermer dans la confusion entre soi et la note qui consiste à dire « Je suis nul(le) ». Non, c’est la note qui est nulle, pas toi. Nuance hyper importante ! Le « de tout façon, je suis nul(le) », c’est mauvais pour l’estime de soi et fataliste… Après un constat pareil, à quoi bon essayer de changer ???
  • L’obliger avec sérénité (mais fermement) à remettre en cause ce qui s’est passé. Cela demande un peu d’honnêteté et d’engagement : il va être question de faire des efforts. Pas des efforts par punition forcée. Mais par nécessité interne de se remettre en chemin. Tranquillement mais vraiment.

Calmement, posez ensemble le diagnostic

Là, il faut bien poser le cadre : « Je ne te crie pas dessus mais je prends du temps pour toi. Tu respectes donc ce temps de discussion. Autrement, j’en reviens à la punition bête et méchante et c’est idiot, pour toi comme pour moi ». Les enfants adhèrent à ce contrat parce qu’il est sensé, juste.

Alors ? C’est quoi le problème ? Voici quelques pistes à explorer. Une mauvaise note, cela peut venir de savoirs non acquis (appris) ou d’une attitude erronée.

Lacunes et savoirs non acquis

C’est donc la preuve que, quand on dit qu’il faut apprendre ses leçons, ce n’est pas pour embêter les enfants mais parce que cela a des conséquences. (oui, à l’école comme dans la vie, il y a des conséquences à ce qu’on fait ou qu’on ne fait pas).

Où se trouve la difficulté ? Soit en tant que parent, on a les moyens de reformuler. Soit il faut trouver quelqu’un (voisin, parent, association d’aide aux devoirs, ou même l’enseignant) pour ré-expliquer. Donc, une mauvaise note, c’est aussi l’alerte d’une lacune et le moment de ne pas la laisser s’incruster. Merci la mauvaise note de nous l’avoir fait remarquer ! Et surtout, à l’occasion de cette note, ne blâmez pas leur ignorance, sur le mode, « A ton âge, tu ne sais pas çà ?!!! ». Le petit Hector va renfermer directement dans sa coquille !

Au-delà des savoirs, il y a l’attitude dans l’apprentissage

C’est l’autre axe d’exploration. Il y a des enfants qui ont les connaissances mais ne savent pas les mettre en œuvre. Ou qui n’acquièrent pas les savoirs car ils ne savent pas bien apprendre et se découragent. Parce qu’ils ne voient pas ce que cela leur apportent. Là, je vous ai écrit un bel article sur la joie d’apprendre expliquée aux enfants.

Revenons aux difficultés les plus courantes

  • L’enfant lit trop vite l’énoncé (certains pensent que finir le 1er le contrôle, c’est être 1er de la classe !)
  • Il n’a pas compris l’exercice et part sur de fausses pistes. Il s’entête sur une base absurde et tout est faux. Hector, prends ton temps ! Fais comme au Cluedo : relis 2 fois l’énoncé !
  • il / elle est dans la lune et démarre trop tard, tel le lièvre de la fable. Votre enfant a fait à peine la moitié des exercices. La moitié des réponses bonnes sur la moitié de faites, ça fait vite 1/4 de la note = 5/20 ;(((
  • C’est un grand paniqueur ! Cela requiert parfois l’aide d’un thérapeute = à la moindre question, c’est la tétanie. Manque de confiance en soi, pas de place légitime dans ce monde, sentiment d’être un usurpateur, estime de soi à zéro… Vous avez dit zéro ????

Autant de pistes qui expliquent le problème de la note toute faible.

Créer un chemin ensemble

Vous allez lui offrir un sacré cadeau. Ceci est impossible dans l’esprit d’un enfant qui revient à la maison avec une mauvaise note. Et bien si, chez nous, on offre un cadeau mais en fait c’est un présent très exigent. Vous allez lui offrir l’idée que dans la vie, tout le monde un jour « se plante » et que la note (ou l’erreur) doit maintenant appartenir au passé. Ca y est ! C’est derrière nous ! Qu’est-ce qu’on va construire ensemble, maintenant ? Quel chemin pour changer son attitude devant l’interro ? Ou pour désormais vraiment apprendre ses leçons ?

Bilan : comme parent, vous avez 20/20 : Bravo !!!!!

Vous n’avez pas crié. Hector n’en est pas revenue. Il a dû entrer dans l’univers de sa note et comprendre qu’il a un défi à relever. Mais il découvre aussi (c’est si rassurant que ça donne envie de coopérer !!!) que vous allez l’aider à le relever, ce moment de creux. Moins de cris, moins de panique, moins de fatalisme. Un chemin, avec du travail nécessaire [ çà, c’est vrai ], mais pas des punitions en plus [ çà, c’est vérifiable immédiatement ].

Au boulot, Hector !

* Nota bene : le zéro est peu pratiqué de nos jours… quoique …

5 réflexions sur “Pourquoi une mauvaise note est une chance”

  1. Ce qui confirme aussi qu’un enfant qui se trouve confronté à l’erreur voir l’échec va par ses détours et les adaptations, les remises en questions mettre en place des stratégies et des énergies qui lui rendront service plus tard / mieux se connaitre, ecoute et attentions aux souffrances ou difficultés des autres… Courage, tenacité….
    POSITIVONS les échecs ! sans pour autantles nier ni les contourner! savant dosage que seule l’expérience permet de manager!

    1. Anne Leguy

      Merci Luce… reste la question de la cohérence des adultes (les parents mais aussi les enseignants) quand un pb surgit. Une mauvaise note, les parents ne savent pas toujours la gérer avec l’enfant ; pas du tout la gérer avec l’enseignant. L’enseignant n’a pas toujours le temps de l’expliquer à l’enfant, encore moins aux parents. La mauvaise note est finalement une bille de flipper très révélatrice… 🙂

  2. Anne Leguy

    Ce qui confirme aussi qu’un enfant qui se trouve confronté à l’erreur voir l’échec va par ses détours et les adaptations, les remises en questions mettre en place des stratégies et des énergies qui lui rendront service plus tard / mieux se connaitre, ecoute et attentions aux souffrances ou difficultés des autres… Courage, tenacité….
    POSITIVONS les échecs ! sans pour autant les nier ni les contourner! savant dosage que seule l’expérience permet de manager!

  3. Complètement d’accord avec vous, venant d’expérimenter cette attitude positive et constructive pour l’enfant avec ma fille il y a 2jours. j’étais un petit peu dans le doute de ce que j’avançais et je viens de lire votre texte sur la mauvaise note. cela confirme le bien fondé de ma position. merci beaucoup patricia

    1. Anne Leguy

      Merci de ce commentaire. J’ai écrit ce texte « au fil du clavier », mais à la réflexion il est central : notre « attitude » a beaucoup d’importance en éducation car l’enfant se positionne relativement à nous (qui sommes sa référence première). Dans ce monde mouvant, brutal, peu solidaire, il est en effet fondamental de les préparer à « faire face » quand on a des problèmes. C’est moins simple à faire qu’à dire… Bonne continuation et, je l’espère, bonne lecture de mes articles…

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