Pratiquer la philosophie à l'école, pas au bac

Pratiquer la philosophie à l’école, pas seulement au bac!

Pratiquer la philosophie dès la maternelle, c’est possible et très enrichissant pour les enfants. Car c’est avant tout une pratique collective et débuter tôt rend les enfants très affûtés !

La philosophie en terminale n’est pas une bonne idée

Au lieu d’imposer la philosophie en terminale, la toute dernière année de lycée, il vaudrait mieux pratiquer la philosophie dès la maternelle pour ouvrir les esprits. Car les expériences de terrain démontrent que c’est incroyablement efficace !

Prenez des ados bien mûrs, vérifiez qu’ils n’ont jamais trempé dans le moindre exercice de questionnement et placez-les sur le grill stressant de la terminale pour découvrir d’un seul coup : les philosophes Grecs et Romains, (pas les Indiens, ni les Arabes ou les Chinois, pas les autres, pas le temps), les concepts énoncés au fil des siècles (à raison d’une séance par semaine sur moins de 6 mois, on survole). Sans oublier quelques astuces de rhétorique, thèse, anti-thèse, synthèse pour avoir au moins 10.

Ce n’est pas de la philosophie mais du gavage

Le but étant d’apprendre par cœur des tonnes de trucs, sans formation initiale, sans imprégnation de l’expression, sans incorporation lente de l’exercice de philosopher. Sans aucun goût découvert au fil du temps pour le débat, l’écoute, l’art du contre pied ou celui de l’élaboration.
C’est tout simplement idiot et parfois néfaste. La plupart des adultes qui découvrent les sujets du bac philo de l’année le confessent : rien qu’un énoncé leur rappelle le haut-le-cœur de leur jeunesse à l’idée de plancher sur de telles phrases complexes.

Offrez aux futurs bacheliers de vrais atouts

Les futurs bacheliers et les jeunes diplômés ont un challenge de taille dans leur viseur : leur capacité d’adaptation à la vie réelle qui les attend. La philo en conserve de leur terminale ne leur sera d’aucun secours, en imaginant même qu’ils en retiennennt une seule once. Si l’Education nationale investissait tout de suite et dès la seconde dans des modules pratiques prodigués sur 3 ans, tels que : prendre la parole en public, rédiger une note de synthèse, savoir se relire, négocier par l’écoute relationnelle… Les jeunes seraient plus efficaces, moins perdus pour entamer leur premier job, ou tout simplement pour communiquer et prendre leur place.

La philosophie, ça peut commencer tout petit

Ce sont nos amis québécois et américains qui ont inauguré cette démarche et elle contient une puissance insoupçonnée, tant pour les individus que pour les communautés où ils progressent. Commencer la philosophie dès la maternelle, c’est possible, si les enseignants sont un peu formés. Mais il existe également des animateurs d’ateliers philo, tels ceux formés par la Fondation SEVE (Savoir être et vivre ensemble). C’est bien dans le cadre de l’Education nationale et toute séance se passe en présence de l’enseignant de la classe.

Et ça marche ! Car tout petit déjà, on s’en pose des questions !

La justice (« C’est pas juste !»), la liberté, la propriété (« C’est à moi ! »), le temps, l’amitié, l’amour, la fraternité… qu’est-ce qui est bien ? ou mal ? quel est le choix entre ceci ou cela ? et c’est quoi, choisir ? L’exercice de la philosophie avec les enfants permet de faire aussi l’expérience de l’écoute d’autres points de vue (notre société en a besoin), oser douter et remettre en cause sa première conviction. Au fil des années, s’ajoutent la citoyenneté, plus tard l’éthique. Sans être Aristote ou Kant, chacun d’entre nous mérite d’ordonner sa pensée en miroir et en écho de nos contemporains… et à la lumière des grandes controverses menées par les grands philosophes.

Mais ce travail est l’œuvre d’une enfance, d’une adolescence, d’années de pratique. Pas d’une logique de presse-purée avec de jeunes adultes stressés par une note finale. Dans les quartiers difficiles, entamer un dialogue pourrait reprendre sens. En général, il y aurait peut-être enfin une autre perspective que de réduire nos enfants à des consommateurs qui appuient sur des boutons. C’est une invitation aux débats, à la rhétorique, à la palabre qui crée du lien.

La philo au bac, oui mais pas comme ça !
La philo au bac à sable, là… vraiment oui !

Pour aller plus loin, je vous recommande les « Goûters Philo » de Milan éditeur. Par Brigitte Labbé, Michel Puech et Jacques Azam.

Mais aussi, les merveilleux coffrets des Petits Platons

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